Le peuple cherche t-il le changement ?


Émeutes du sucre et de l'huile - Alger - Janvier 2011

J’ai l’impression que l’Algérie va mal depuis si longtemps que le peuple s’est habitué à la situation et a trouvé le moyen de s’y adapter. Pourtant, depuis le début des révolutions en Tunisie et en Egypte, on a jamais autant parlé du changement en Algérie. Nous avons même assisté à des initiatives timides qui tentaient d’accompagner ces mouvements, mais qui se sont vite soldées par un échec cuisant. Pourquoi ? De mon point de vue, la cause principale à cela est que le peuple ne les a pas suivi, d’où ma question: le peuple algérien veut-il le changement ?

Une partie non négligeable du peuple ne veut pas du changement par peur de l’inconnu. Le pouvoir en place alimente d’ailleurs cette phobie, en agitant l’épouvantail d’un possible retour aux malheurs de la décennie noire. Une autre aspire au changement, plus ou moins radical, du système mais ne se sentent aucunement représentés par l’opposition qui le revendique. Et une tiers catégorie, que j’appellerai  la partie « corrompue », semble avoir trouvé son équilibre, voire son intérêt, dans le désordre ambiant.

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Trop d’information tue l’information

En discutant avec des compatriotes, je me rends de plus en plus compte du décalage total de certaines personnes face à la réalité algérienne. Beaucoup d’entre eux ne savent pas ce qui se passe autour d’eux ni ne cherchent à le savoir. D’autres se contentent d’attendre que l’information leur soit livrée sur un plateau et par ce fait n’ont que très peu sinon aucun recul sur sa véracité.

Ce phénomène n’est évidemment pas limité à l’Algérie mais semble être international. Il est probablement dû à la profusion de sources d’information et à la passivité que la télé, le média lourd le plus puissant encore de nos jours, a créé chez les citoyens du monde depuis plus de 50 ans. Cette facilité a engendré un nouveau comportement: nous ne cherchons plus l’information, c’est elle qui vient vers nous. On ne vérifie même pas sa véracité, on fait confiance. Rappelons-nous le plus gros mensonge de la dernière décennie gobé comme une lettre à la poste par les populations des pays « démocratiques », à savoir le mythe des armes de destruction massive de l’Irak. Un mensonge qui a quand-même amené à une guerre dont le peuple irakien paie encore le prix cher. Rappelons-nous aussi la propagande féroce que les républicains et les Tea Party ont déclarée contre la loi sur la sécurité sociale aux Etats-Unis. Je vais même vous dire la dernière trouvaille américaine en termes de désinformation: Le lobby du charbon qui affirme que les éoliennes risquent de faire sortir la terre de son orbite.

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Qu’est ce qui se passe au bois des pins ?


Accrochages entre forces de l'ordre et habitants

D’habitude en Algérie les projets prennent leur temps et les échéances sont rarement respectées. On trouve toujours des excuses pour les reporter, pour les prolonger, pour les suspendre. Il manque toujours des signatures, des documents, des personnes. D’habitude, on a droit à des « revenez après la période estivale », « revenez après le ramadan », « revenez après les élections ».

Et pourtant, au bois des pins à Hydra, les choses semblent marqueur l’exception. Les responsables du projet de destruction du bois et d’installation d’un parking semblent ne pas perdre de temps. Aussitôt la décision prise, les engins sont arrivés pour détruire le bois, déraciner des arbres centenaires, malgré l’objection vive de la population. Miracle, on n’a pas attendu la fin du ramadan, ni de la pause estival pour lancer le chantier. Les réclamations des riverains, personne ne les a écoutés. Et malgré le recours à la justice, aucun moratoire n’a été déclaré afin de revoir la nature du projet et d’en discuter avec la population.

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A Hydra, on cache la misère derrière un parking


Violences policières à Hydra

Hydra, pour ceux qui ne connaissent pas, est le quartier huppé d’Alger. C’est le quartier des ambassades et des belles villas. C’est le quartier où se concentrent les nantis. Sauf que ces privilégiés ne sont pas seuls. Dans ce quartier, on trouve aussi des gens « normaux ». Des enfants du « peuple ». Ces gens là dérangent. Ils font tâche dans ce quartier de privilégiés. Et nos « maîtres », réactifs et très concernés par leur bien-être, ont décidé d’y remédier.

Ainsi, ce quartier a été le théâtre depuis Dimanche 10 juillet d’émeutes entre la populations et les forces de l’ordre, suite à la décision des pouvoirs publics de raser le bois des pins pour y construire un parking. Les habitants contestent le projet, et veulent protéger ce bois aux arbres centenaires, auxquels ils sont attachés et entre lesquels ils trouvent réconfort, ombre et sérénité, eux et leurs enfants. Ils considèrent aussi que la réalisation de ce parking est en contradiction avec la loi interdisant l’exploitation de ce genre d’espace.

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Après 49 ans, quel bilan ?


Bulletin du référendum du 1 juillet 1962

Un anniversaire est généralement l’occasion de dresser un bilan, de faire la synthèse du passé pour mieux réaliser le dessin de l’avenir. Alors, en cette journée du 5 juillet, quel bilan pouvons-nous faire de notre Algérie « indépendante » ?

Il faut dire que ça a mal commencé. Tout d’abord par un mensonge sur la date même de l’indépendance. Cette dernière qui avait d’abord été déclarée le 3 juillet s’est vue changée par Ben Bella au 5 juillet. Plus dramatiquement, après seulement quelques mois d’indépendance, l’Algérie avait failli sombrer dans un bain de sang, si certains dirigeants de l’époque n’avaient eu la sagesse de se retirer et de laisser la place aux assoiffés du pouvoir. La suite, nous la connaissons tous.

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Please define democracy

En lisant un article intéressant sur le sens donné au mot « révolution », je me suis aussi posé la question sur le sens donné au mot « démocratie ». En Algérie beaucoup de gens veulent instaurer une démocratie, mais savent-ils pour autant ce qu’est la démocratie ?

Constitution des États Unis d’Amérique

Je me rappelle d’un reportage passé à la télé algérienne au début des années 90 (l’époque de la parenthèse démocratique) sur le sens de la démocratie. Au micro-trottoir, un journaliste demandait aux gens de lui donner une définition à la « démocratie ». Les gens y allaient chacun de sa définition propre, y compris les définitions les plus fantaisistes. Quelqu’un a même donné cette définition: « la démocratie est la liberté d’insulter Chadli (le président de l’époque) en direct à la télé ».

Cette ignorance des implications, des modalités, du cadre et des responsabilités qu’implique la démocratie, le peuple algérien allait la payer très cher: vote massif pour un parti qui promettait l’annulation du processus démocratique en cas de victoire, victoire de ce parti, interruption du processus électoral et finalement guerre civile avec son lot de morts et de disparus.

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Je te tiens, tu me tiens, nos révolvers sur la tempeeee !!!

Quand les damnés de la terre se tuent entre eux

J’ai vu un film très intrigant dernièrement. Un film qui m’a propulsée directement dans la réalité algérienne. Comme vous le savez, la fiction est souvent rejointe, voire dépassée, par la réalité.

Le film, « 13 », parlais d’un jeune homme, en manque d’argent, qui se retrouve coincé dans un jeu morbide, où des HOMMES RICHES et PUISSANTS misent sur des « PIONS », des « néo-esclaves », comme lui pour gagner de l’argent, dans un jeu consistait à ce que chaque « pion », « esclave », « kidnappé », mette son révolver sur la tempe d’un autre « pion », tous formant un cercle. Au signal d’un maître de spéctacle, les « pions » jouent à une sorte de roulette russe, avec une balle, deux puis trois et quatre balles. Au fur et à mesure des tours, les « pions » s’entretuent, et les RICHES sont plus ou moins heureux du PACTOLE qu’ils ont misé sur leur « chevaux ».

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Psychose algérienne

l’actrice Janet Leighdans le film d'Alfred Hitchcock, Psychose

Je me trompe peut être, mais j’ai l’impression que le peuple algérien est divisé en deux parties majeures (avec une troisième catégorie que je considèrerais comme infime et dont je ne parlerai pas ici). La première partie, que j’appellerai la partie passive, se contente de vivre au quotidien, de gagner sa vie pour nourrir sa famille, sans se soucier de la politique. Cette partie du peuple croit que c’est le destin (el mektoub) qui a décidé de son sort et qui lui inflige ses misères, que c’est ainsi, et qu’on ne peut changer les choses.
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La non-révolution sur Facebook

Ces derniers temps, on nous a pas mal parlé du rôle de Facebook et Twitter dans les révolutions tunisienne et égyptienne. Quand je dit « on », je parle principalement des médias. Bien que n’ayant jamais fait confiance à Facebook, j’ai décidé de m’y mettre et de comprendre un peu l’impact de ce réseau social. Est-il vraiment le nouvel outil des révolutionnaires ?

J’ai commencé alors à chercher les groupes algériens, puisqu’il s’agit de mon pays. Je voulais savoir s’il était vraiment possible de faire une révolution en Algérie à l’aide de Facebook.

J’avoue que je suis resté sur ma faim. Même s’il existe des dizaines de groupes et de pages avec plus ou moins d’importance et qui ont comme objectif le changement du régime, une bonne partie d’entre eux, si ce n’est tous, n’ont pas la maturité que j’attendais.

En essayant de faire le parallèle entre les révolutions tunisienne/égyptienne et une probable révolution en Algérie, je me suis rendu compte que les trois scénarios étaient complètement différents. Le seul point commun est chronologique; les égyptiens ont profité du succès des tunisiens pour galvaniser leurs troupes. Les algériens aussi peuvent en profiter.

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Brico-Algérie

Pourquoi pas une révolution en Algérie ?

Pourtant tous les ingrédients sont présents, et ça se voit. Chaque jour, à chaque fois que j’ouvre un journal ou discute avec des gens j’entends que telle route a été coupé, que des étudiants sont en grève, que le maire d’une ville est pris en otage par sa population, et encore, et encore. Quand j’essaye d’analyser de plus prêt, je vois que les revendications sont différentes. Certains revendiquent des logements, d’autres que le nom donné à leur future diplôme ne leur convient pas, d’autres trouve qu’il faut installer des dos-d’âne car il y a trop de tués sur la route traversant leur village, et encore plein d’autres revendications. Le gouvernement algérien est riche, et il peut acheter la paix sociale. Il peut distribuer des maisonnettes et promettre que le reste suivra (on nous dit qu’il reste 1.5 million de logements à distribuer). Il peut changer encore le nom d’un diplôme, et il peut subventionner les prix du sucre, et il peut faire beaucoup de choses encore. Apparemment, l’Algérie possède 150 Milliard USD dans ses caisses, et avec cet argent, elle peut acheter beaucoup de sucre, jusqu’à remplacer le sable du désert par du sucre.

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