Le peuple cherche t-il le changement ?



Émeutes du sucre et de l'huile - Alger - Janvier 2011

J’ai l’impression que l’Algérie va mal depuis si longtemps que le peuple s’est habitué à la situation et a trouvé le moyen de s’y adapter. Pourtant, depuis le début des révolutions en Tunisie et en Egypte, on a jamais autant parlé du changement en Algérie. Nous avons même assisté à des initiatives timides qui tentaient d’accompagner ces mouvements, mais qui se sont vite soldées par un échec cuisant. Pourquoi ? De mon point de vue, la cause principale à cela est que le peuple ne les a pas suivi, d’où ma question: le peuple algérien veut-il le changement ?

Une partie non négligeable du peuple ne veut pas du changement par peur de l’inconnu. Le pouvoir en place alimente d’ailleurs cette phobie, en agitant l’épouvantail d’un possible retour aux malheurs de la décennie noire. Une autre aspire au changement, plus ou moins radical, du système mais ne se sentent aucunement représentés par l’opposition qui le revendique. Et une tiers catégorie, que j’appellerai  la partie « corrompue », semble avoir trouvé son équilibre, voire son intérêt, dans le désordre ambiant.

Depuis quelques décennies, le système algérien,  malgré ou à cause de la manne des exportations d’hydrocarbures, n’a encouragé l’établissement ni d’une économie solide ni d’une économie légale. Nous avons alors assisté à une démocratisation de l’économie parallèle, essentiellement marchande (Import/import) et très fragile puisque dépendante de l’argent qu’injecte le système dans le marché et non pas sur la création de richesses ou sur la valeur ajoutée. Cette anarchie institutionnalisée ne profite plus uniquement aux responsables de ce pays, mais à un nombre croissant de petits responsables, d’hommes d’affaires et même de simples citoyens. Beaucoup de phénomènes ont vu le jour: des marchés de faux papiers et corruptions chez les petits fonctionnaires, des marchés informels installés à même les trottoirs, des bouts de rues ou des terrains vagues transformés en parking sauvages, des usines installées en plein cœur de quartiers résidentiels, et plein d’autres cas. Ces phénomènes jadis illégaux et très rares, se retrouvent tolérés par les autorités, et admis par le conscient collectif. Ainsi, l’adaptation du peuple a atteint un tel point qu’il est devenu difficile qu’il admette la nécessité du changement.

Pour l’anecdote, il y a quelques mois, dans ma localité, les autorités on décidé de construire un marché couvert afin de replacer tous les vendeurs de rues (qui gênent autant la circulation des voitures que des piétons). Une fois la construction des box terminée, les autorités les ont offerts à ces vendeurs avec un ultimatum, s’installer dedans ou arrêter le commerce, la vente sur les trottoirs allant être interdite. Les vendeurs ont refusé la proposition car, selon eux, le nouveau positionnement du marché n’était pas attractif (beaucoup moins stratégique que les trottoirs de la rue principale de la ville). Comme prévu, les autorités ont décidé d’agir. La réponse des jeunes vendeurs ne s’est pas faite attendre. Dès le lendemain, les jeunes ont décidé de bloquer la route nationale. Après quelques échanges de pierres et de gaz lacrymogène, les autorités ont baissé les bras (j’imagine, de peur que l’émeute ne se propage). Au final, le marché, qui a coûté de l’argent reste vide et les vendeurs sont toujours installés sur les trottoirs. Une autre actualité, cette fois à Tizi-Ouzou, les autorités locales, qui avaient décidé de déplacer la gare routière pour fluidifier la circulation, se sont heurté au refus catégorique des transporteurs, qui ont fini par imposer leurs conditions.

L'anarchie institutionnalisée !

Les autorités algériennes font rarement leur travail et quand elles essayent de faire avancer les choses, elles se heurtent au refus des populations, tant elles manquent de crédibilité, je dirais même de respect, chez le citoyen algérien de base. Aujourd’hui, l’illégalité est tellement présente, le non-droit et la loi du plus fort si puissants, du sommet de l’état jusqu’au simple citoyen de l’Algérie profonde, qu’il sera, c’est mon avis, très difficile de changer ou de sortir de cette anarchie.

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